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3 stratégies pour gérer l’impact des objets connectés chez les jeunes

06 octobre 2015

06-10-15

Depuis plusieurs années, l’impact des nouvelles technologies sur les apprentissages des étudiants intéresse les chercheurs. Une étude en 2011 (1) portant sur 500 étudiants universitaires a montré que plus de 73% étaient incapables d’étudier sans l’usage de la technologie. 38% ont avoué ne pas tenir plus de 10 minutes sans vérifier leur ordinateur, téléphone intelligent ou tablette.

Plus détaillée, une autre étude en 2012 (2) a observé durant 300 heures le temps d’activités « hors devoirs » de 15 jeunes dans la vingtaine. Au total, ils ont alterné une tâche pour une autre 27 fois par heure, soit près d’une toutes les 2 minutes!

Une étude encore plus récente (3) a été effectuée cette fois-ci au domicile des jeunes. Larry Rosen a suivi des étudiants de niveau secondaire à universitaire partout où ils étaient susceptibles de travailler (salle à manger, cuisine, chambre….). L’équipe emmenée par le Dr Rosen a répertorié tous les comportements présents durant les périodes de travaux scolaires comme lire un livre, écrire sur une feuille ou sur un ordinateur bien sûr, mais aussi… consulter son profil Facebook, texter, discuter sur une messagerie instantanée ou au téléphone, écouter de la musique ou encore regarder une série.

Les résultats sont très nets! Le niveau d’implication a commencé à diminuer dès la 2e minute de mise au travail pour certains. Après 6 minutes, la plupart des participants avaient interrompu leur tâche pour une autre. Après 15 minutes, un tiers du temps avait déjà été utilisé pour faire d’autres choses que les travaux scolaires. Plus l’accès aux objets connectés était facile et plus les changements étaient présents. Concernant les résultats académiques, les étudiants qui consultaient une ou plusieurs fois Facebook durant leurs devoirs présentaient de moins bonnes moyennes scolaires. Dans une autre étude, le chercheur a également montré un impact négatif de l’émission/réception de textos lors d’une lecture de 30mn à partir de 8 textos ou plus (4 textos ou moins ne modifiaient pas la performance).

Au final, si le niveau d’implication, le degré de compréhension de ce qui est lu et, pour certains, les résultats scolaires sont affectés par la présence d’objets technologiques, que faire?

Le Dr Rosen propose 3 stratégies différentes basées sur une double réalité : (1) les jeunes seraient neurologiquement cablés pour être attirés par le multitâche et (2) la technologie est partout et n’aurait pas vocation à disparaitre, pas plus que l’intérêt des jeunes pour celle-ci :

    • Pour les jeunes qui ont besoin du multitâche pour fonctionner, la musique représenterait une stratégie acceptable. Elle n’est pas reliée à de plus mauvais résultats scolaires et son impact serait négligeable sur le plan attentionnel lorsqu’elle est très familière. Enfin, elle minimise les interférences avec le matériel scolaire qui n’utilise souvent pas les mêmes modalités sensorielles.
    • La 2e stratégie part d’un résultat obtenu dans une autre étude de Rosen (4) : 41 % des étudiants évalués dans celle-ci se sentaient moyennement à très anxieux s’ils ne pouvaient pas vérifier leurs messages textes sur leur téléphone intelligent et 25% ressentaient la même chose s’ils ne pouvaient pas consulter leurs réseaux sociaux. Il est clair que même si l’on supprime l’accès aux nouvelles technologies à l’entrée en classe, les préoccupations ne disparaissent pas pour autant de l’esprit. Parce que l’anxiété joue un rôle très négatif sur les apprentissages et l’attention, le Dr Rosen propose la mise en place de « pauses technologiques » pour contrôler le niveau d’anxiété des étudiants. Autoriser l’étudiant à consulter brièvement son téléphone avant le début du cours ou durant une pause spécifique pourrait même améliorer le niveau de concentration.
    • La 3e stratégie est en lien avec la seconde. Rosen propose d’apprendre aux jeunes à déterminer par eux-mêmes le moment le plus adéquat pour faire une pause technologie. Cela implique la métacognition, un regard critique qu’à la jeune sur ses capacités par rapport à la tâche. S’il est capable de déterminer que tel passage à lire lui demande des ressources intellectuelles importantes, il saura d’autant mieux retarder l’utilisation de son téléphone pour répondre à un texto. Leur apprendre à couper d’eux même les notifications lorsque cela s’impose en leur expliquant l’impact négatif des distractions sonores et visuelles sur la compréhension et l’attention serait très efficace.

 La conclusion du Dr Rosen est en forme de constat : le jeune serait fondamentalement multitâche et la technologie encouragerait cette tendance naturelle. Même si la recherche montre des effets négatifs sur le rendement scolaire de certains étudiants,  placer un jeune dans un environnement unitâche et silencieux serait inefficace. Cela n’aurait pour effet que de rendre le jeune plus anxieux en monopolisant toutes ses ressources sur un comportement qu’il ne peut refréner. La meilleure solution serait donc de combiner des pauses technologiques avec un meilleur fonctionnement métacognitif. En comprenant quand il est plus adapté d’être unitâche que multitâche et comment ce dernier comportement peut interférer avec les apprentissages, le jeune se doterait lui même d’outils susceptibles de l’aider dans son parcours scolaire.